18Chapitre 8 : magie et frustration

Bienvenue dans les coulisses de The Art of Television : les réalisateurs de sériesCette semaine, nous vous racontons la dernière étape de notre projet, et non des moindres : la post-production.

 

La post-production, c’est le moment de la magie et de toutes les frustrations. Chaque interview est derushée, lue, relue, décryptée, découpée, torturée, pour arriver à une narration fluide. Les monteurs, Marushka, Dorian et Aurélien font connaissance avec les personnages.

Les images prennent progressivement un sens, une forme, mais il faut jeter énormément de matière pour faire un 26 minutes qui se tienne. C’est un véritable crève-coeur. Parfois, nous débattons pendant une heure pour savoir si on garde ou si on élimine un sujet, parfois une séquence bloque tout. Les monteurs s’arrachent les cheveux, vont boire un café, matent des clips, jouent avec un ballon de basket qui traine, laissent passer la nuit. Quand ça bloque, il faut laisser reposer, il n’y a pas d’autre solution. Et d’autres fois c’est fluide, limpide.

 

Notes Matthew Penn Cambell Scott

Tétris de rush… Et pourtant, on s’y retrouve.

 

Chaque documentaire raconte deux histoires, celle du personnage, et celle de la télévision américaine. Il faut trouver un équilibre entre intime et professionnel, et conserver la passion.

L’étape du montage est une véritable montagne russe émotionnelle ! Il faut 3 semaines pour monter un épisode, et nous en avons 6. Pour ne pas passer plus de 4 mois en montage, nous les superposons. Une fois le pilote monté (celui de Alan Poul), nous commençons un montage tous les 10 jours.

C’est aussi durant cette période que nous finalisons les derniers tournages, ceux qui auront pour but d’évoquer le travail du réalisateur et de ses équipes. Invités dans des studios et sur des plateaux extérieurs, nous filmons ces équipes au travail, en tentant de retranscrire au mieux ce balai de gestes hétéroclites qui concourent tous ensemble à créer une oeuvre unique.

 

Montage de The Art of Television

Notre monteur, Aurélien, est en plein montage de Matthew Penn.

 

Ben, notre directeur artistique, habille les documentaires. C’est lui qui créé notre patte, notre identité. Grâce à ses graphismes, nous parvenons à expliquer l’inexplicable, à renforcer la démonstration d’un de nos réalisateurs, à donner vie à une carte de Game of Thrones. En parallèle, Victor compose la musique de tous les documentaires qui est entièrement originale. Il s’inspire de l’ambiance des séquences mais aussi des séries sur lesquelles ont travaillé les réalisateurs. Il accompagne l’émotion sans jamais l’imposer.

 

Map Game of thrones version europe

Ben, D.A. talentueux, nous donne sa version de Game of Thrones.

 

Une fois les montages bouclés, il faut mixer le son. C’est un travail très précis pendant lequel François lisse les transitions et calme les nuisances sonores : un camion qui passe, des badauds qui parlent fort, une climatisation trop bruyante, un micro qui bruisse.

C’est ensuite à un autre François de s’atteler à l’étalonnage. Il doit sublimer l’image, calmer les rougeurs, rehausser les teints, renforcer la lumière, rendre une image plus « californienne ». Devant les épisodes, on se pose des questions en permanence : « Il est pas un peu vert, Alan ? », « Elle a pas les cheveux fluos, Jennifer ? », « Tu peux renforcer la lumière derrière Rosemary ? ». La post-production, c’est le moment où l’on devient mi-fou, mi-maniaque.

 

Montage de l'émission

Tim Van Patten passe en mixage. Nous n’entendrons plus le froissement de sa chemise.

 

Après tout ça, il faut passer au sous-titrage. Là aussi, il y a de quoi devenir fou. C’est Edouard qui s’y colle. Nous relisons, remanions des phrases, tranchons sur une expression pour revenir dessus deux jours plus tard. Il faut adapter sans lourdeur mais ne pas perdre l’essence de ce qui est dit, être technique sans être incompréhensible. Au fil des mois, nous connaissons chaque épisode par cœur.

On a repéré nos moments préférés, les phrases émouvantes, les notes de piano qui nous font monter les larmes, les petits sourires. Quand nous pensons toucher à la fin du projet, toutes les petites choses auxquelles on ne pense pas forcément s’accumulent : il faut écrire les génériques, lister tous les gens qui ont participé, les agents, les équipes en interne, les patrons de restaurants Mad Men, ça en fait du monde…

 

montage de l'émission avec Rosemary Rodriguez

L’épisode de Rosemary Rodriguez prend forme.

 

Bientôt, le public découvrira notre travail. Bientôt, il rencontrera, comme nous, ces réalisateurs fascinants qui font les épisodes devant lesquels on se délecte. Bientôt nous pourrons apporter un éclairage sur un métier complexe, riche, frustrant et épanouissant à la fois, et raconter, à notre façon, une page de l’histoire de la télévision américaine.

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