Chapitre 5 : direction Los Angeles !

Bienvenue dans les coulisses de The Art of Television : les réalisateurs de sériesCette semaine, nous vous racontons notre tournage aux Etats-Unis. Nous partons à Los Angeles, à la rencontre de Alan Poul.

 

Alan Poul The Art of Television

 

C’est notre premier voyage et ça fait peur.

Nous partons interviewer Alan Poul, producteur et réalisateur avec, à son tableau de chasse, Six Feet Under, Rome, Big Love, The Newsroom. Il est le premier réalisateur à avoir accepté de participer à notre série, des mois plus tôt, au Festival de Télévision de Monte Carlo. Le projet n’était encore qu’à l’état embryonnaire mais déjà il choisissait de nous faire confiance.

Ce premier voyage lui est entièrement consacré. Nous avons calé des interviews avec Scott Buck, producteur et scénariste qui a travaillé avec lui sur Six Feet Under et Rome, Ron Rosen, monteur qui collabore avec Alan depuis My So-Called Life en 1994 (!) et Kenneth Roth, premier assistant dont il ne se sépare que s’il n’a pas le choix.

 

PJS Sleep Company

Du soleil en décembre

Bienvenue à Los Angeles !

C’est pendant ce voyage que nous verrons si ce que nous avons prévu en terme de tournage, de décor et d’interview est réaliste. Nous tenons à notre mur en plexiglass pour nous aider à mettre le réalisateur à l’aise, à faire remonter ses souvenirs et à donner une cohérence artistique aux six épisodes de la série. Mais, et si Alan Poul trouvait ça moche ? Si nous ne trouvions pas la bonne plaque à Los Angeles, alors que nous avons déjà fait tous nos tests de format et de rigidité à Paris ? Et si nous oubliions du matériel ? Et si, et si, et si ?

Nous avons une petite boule au ventre en nous retrouvant à l’aéroport, tôt le matin, dans le froid. Nous sommes en décembre, il caille, il fait gris, et nous sommes chargés comme si on déménageait. Arrivés à Los Angeles, nous oublions manteaux, écharpes et gants. Dès 6h du matin, il fait grand soleil, nous pouvons sortir en sweat-shirt et rouler les fenêtres ouvertes.

 

Tombe de Hammons

Vincent très concentré au Mountain View Cemetary

 

Nous passons une partie de notre première journée au cimetière Moutain View, là où plusieurs scènes de Six Feet Under ont été tournées et où Nate Fisher fait son footing. Ici, nous voulons faire de beaux plans pour illustrer la série et le lieu est une superbe source d’inspiration.

Tout est calme, lumineux, vert. Nous sommes seuls et prenons notre temps. Au fond du cimetière se baladent des renards qui nous regardent comme si nous étions des extra-terrestres. Partout, des écureuils courent, grimpent aux arbres… Pendant quelques heures, il n’y a plus de stress, plus de pression, plus rien.

 

cimetière Moutain View

Au vert avec la famille Fisher

 

Le soir, nous préparons la plaque de plexi, sur le parquet de l’appartement. Après deux heures passées à couper, coller, agrafer, décorer, dessiner, la machine à souvenirs prend forme. Reste à savoir comment nous allons la transporter sans l’abimer, mais ça, on verra demain matin.

Nous installons la première tradition de cette année de production en révisant l’interview à deux. On relit les questions, on débat, on en ajoute, on en enlève. Le lendemain, nous les repasserons en revue dans la voiture. Aux Etats-Unis, d’ailleurs, on fait tout dans la voiture : caler des rendez-vous, vérifier des infos, manger en speed entre deux interviews, recoller des photos perdues. Sur le tableau de bord, nous avons installé Maria, notre porte-bonheur.

 

Maria, porte bonheur

Maria, porte-bonheur solaire

Alan Poul, l’homme de la situation

Alan Poul nous accueille dans son bureau, au milieu de ses trophées et d’affiches retraçant sa carrière. Pour installer notre set, nous vidons intégralement la pièce. Les canapés, la table basse, le bureau disparaissent. Alan observe notre petit manège, mi-amusé, mi-inquiet. Nous discutons un peu du projet, de son travail de réalisateur pendant que Vincent et Sébastien, qui est présent pour la seconde caméra, finissent leurs réglages. Enfin, nous pouvons commencer.

 

Alan Poul

Vincent et Sébastien : derniers réglages dans le bureau d’Alan Poul

 

Alan parle de son métier de réalisateur avec une passion contagieuse. Il est intarissable. Nous avons des problèmes de son mais il prend ça avec philosophie. Il connaît la peur de la première fois et nous met à l’aise. Entre deux prises, il attrape son Starbucks et vérifie ses mails, comme pour nous dire « Pas de stress, prenez votre temps ».

Pour nous, il a ressorti ses archives qu’il décrit, classeur par classeur, page par page. Story-boards, scénarios, photos, plans, croquis, notes personnelles, il partage toutes ses armes secrètes, nous rappelant que la préparation, c’est le nerf de la guerre. Et nous ne pouvons être que d’accord, vu le temps que nous avons passé à préparer ce voyage. La journée défile, nous prenons un second rendez-vous le surlendemain pour finir l’entretien.

 

Scott Buck The Art Of Television

Scott Buck

 

Le lendemain, nous rencontrons Scott Buck à la Writers Guild Library. C’est un lieu incroyable, avec des milliers de scénarios de films et de séries, disponibles à la consultation. Quand ils obtiennent des récompenses aux Writers Guild Awards, ils sont recouverts d’une couverture de cuir noire, le titre en lettres dorées. La grande classe.

En bons fans, nous avons les mains qui tremblent en attrapant ceux de Six Feet Under et The Newsroom. Scott Buck nous rejoint, souriant et content de parler d’Alan Poul. Il raconte l’écriture de That’s My Dog, épisode culte de Six Feet Under dans lequel David se fait kidnapper par un auto-stoppeur. Impossible d’oublier cet épisode.

 

maison des fishers

La flamboyante maison de Six Feet Under

 

Le reste de la journée nous sert à faire des plans de Los Angeles, notamment la maison des Fisher, à la tombée de la nuit. Nous avons de la chance car cette bâtisse qui sert régulièrement à des tournages est occupée par une équipe. Les lumières sont allumées, il y a de la vie. En rentrant, la fatigue arrive doucement, mais l’excitation de retrouver Alan Poul le lendemain pour finir notre passionnante conversation l’emporte. Nous le suivons partout : au bureau, dans la rue, en voiture. De vrais pots de colle.

 

Alain poul

Ne jamais paniquer

Une mauvaise nouvelle nous tombe dessus : Kenneth Roth n’est plus disponible. Son tournage du lendemain a changé d’horaire, et il va travailler au milieu de la nuit. Pas de panique, nous nous verrons à notre prochain passage à Los Angeles, dans quelques mois. Ron Rosen, quant à lui, nous prévient qu’il risque d’avoir du mal à nous recevoir. Son montage n’en finit pas et les producteurs trainent dans les couloirs. Ça s’annonce compliqué. Nous ne lâchons pas le morceau et restons en contact toute la journée. Au final, l’interview a lieu à 22h30, dans sa salle de montage, désormais déserte.

Le lendemain, à 5h du matin, nous sommes à l’aéroport, prêts à rentrer à Paris. C’était intense. Heureusement, nous n’avons pas besoin de trouver une solution pour se débarrasser de la plaque de plexiglass puisque Alan Poul tient à la garder. Aujourd’hui encore, elle est dans son bureau. A Paris, la production qui a vécu en décalé pour rester à l’écoute en cas de catastrophe peut enfin dormir.

Un premier voyage réussi : youpi !!! Mais quand le voyage suivant nécessite les interviews de non plus un mais TROIS réalisateurs, les choses se corsent… On vous raconte la semaine prochaine.

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